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ALAIN: LE TRAVAIL ET LA LIBERTÉ

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LE TRAVAIL ET LA LIBERTÉ "Le propre du travail, c'est d'être forcé." Alain, Les Arts et les dieux, 1943.

Pour qu'il y ait travail, il faut qu'il y ait contrainte. Si cette conception du travail est vraie lorsqu'il s'agit d'exécuter des travaux pénibles, dans les sociétés modernes il est souvent vécu comme l'activité essentielle des êtres humains. Ceux-ci s'identifient alors à la fonction qu'ils occupent dans l'entreprise : à ce titre, le travail pose la question des finalités de l'existence.

Le travail a acquis de nos jours une valeur très importante et l’intégration dans la société dépend hautement de la fonction occupée. Il se définit généralement comme une activité orientée vers une fin autre qu'elle même à la différence du jeu qui comporte sa finalité en lui-même. Il s'agit alors de savoir quelle est cette autre fin. Le travail apparaît originairement comme une contrainte, sans doute parce que l'homme ne s'y soumet pas volontiers. Le travail est en effet rattaché au labeur et à la difficulté. La citation d’Alain est tirée de Préliminaires à la mythologie, ouvrage dans lequel le philosophe insiste sur la fatigue qu’entraîne le travail. Nous nous y attelons alors par nécessité. Le terme « forcé » renvoie à une activité accomplie sous la contrainte mais aussi qui est indépendant de notre volonté. Cela signifierait que nous ne travaillerions pas si nous pouvions ne pas le faire. L’origine du mot semble corroborer cette thèse. Il semble que le terme « travail » vienne du latin tripalium qui désigne dans l’antiquité un instrument de contrainte, au moyen duquel on attachait le bétail. Le travail est donc vécu comme une torture.  Mais alors qu’est-ce qui nous pousse à travailler ? La fin du travail semble dans un premier temps de subvenir à ses besoins élémentaires. Le point commun entre tous les travaux semble être la transformation de la nature dans un but utile pour l’homme. Le travail est le moyen de satisfaire les besoins de l’homme et il ne peut se passer de lui. Pourtant, dire que le travail est forcé, c’est affirmer que personne ne travaille quand sa subsistance est assurée. Est-ce forcément vrai ? N’y-a-t-il pas dans le travail quelque chose qui nous permet de nous développer ? N’est-ce pas possible de trouver le bon travail dans lequel plaisir et subsistance se trouvent réunis ? Ne faut-il pas alors essayer de changer la valeur du travail dans notre société ?

 

« LE TRAVAIL ET LA LIBERTÉ "Le propre du travail, c'est d'être forcé." Alain, Les Arts et les dieux, 1943. Pour qu'il y ait travail, il faut qu'il y ait contrainte.

Si cette conception du travail est vraie lorsqu'il s'agit d'exécuter des travaux pénibles, dans les sociétés modernes il est souvent vécu comme l'activité essentielle des êtres humains. Ceux-ci s'identifient alors à la fonction qu'ils occupent dans l'entreprise : à ce titre, le travail pose la question des finalités de l'existence. Le travail a acquis de nos jours une valeur très importante et l'intégration dans la société dépend hautement de la fonction occupée.

Il se définit généralement comme une activité orientée vers une fin autre qu'elle même à la différence du jeu qui comporte sa finalité en lui-même.

Il s'agit alors de savoir quelle est cette autre fin.

Le travail apparaît originairement comme une contrainte, sans doute parce que l'homme ne s'y soumet pas volontiers.

Le travail est en effet rattaché au labeur et à la difficulté.

La citation d'Alain est tirée de Préliminaires à la mythologie, ouvrage dans lequel le philosophe insiste sur la fatigue qu'entraîne le travail.

Nous nous y attelons alors par nécessité.

Le terme « forcé » renvoie à une activité accomplie sous la contrainte mais aussi qui est indépendant de notre volonté.

Cela signifierait que nous ne travaillerions pas si nous pouvions ne pas le faire.

L'origine du mot semble corroborer cette thèse.

Il semble que le terme « travail » vienne du latin tripalium qui désigne dans l'antiquité un instrument de contrainte, au moyen duquel on attachait le bétail.

Le travail est donc vécu comme une torture.

Mais alors qu'est-ce qui nous pousse à travailler ? La fin du travail semble dans un premier temps de subvenir à ses besoins élémentaires.

Le point commun entre tous les travaux semble être la transformation de la nature dans un but utile pour l'homme.

Le travail est le moyen de satisfaire les besoins de l'homme et il ne peut se passer de lui.

Pourtant, dire que le travail est forcé, c'est affirmer que personne ne travaille quand sa subsistance est assurée.

Est-ce forcément vrai ? N'y-a-t-il pas dans le travail quelque chose qui nous permet de nous développer ? N'est-ce pas possible de trouver le bon travail dans lequel plaisir et subsistance se trouvent réunis ? Ne faut-il pas alors essayer de changer la valeur du travail dans notre société ? Le travail est une obligation née de la nécessité - Nous l'avons dit le travail n'est pas effectué en vue de lui-même.

Rousseau affirme même que la nature de l'homme est plutôt dans l'oisiveté.

Il voit dans l'absence de travail l'état premier de l'homme et selon lui, "l'homme est naturellement paresseux".

Il ne travaille que pour pouvoir survivre mais si ses conditions de survie sont assurées, il pourrait passer sa vie "à dormir, végéter et rester immobile." La fin du travail se trouve donc hors de lui.

Cela rejoint la distinction opérée par Aristote dans Ethique de Nicomaque entre la poésis et la praxis.

La poésis est conçue comme la production de quelque chose, d'un bien extérieur à celui qui le réalise.

Le travail appartient à cette catégorie.

Il est une activité qui cherche autre chose qu'elle-même alors que la praxis( l'action) renferme son propre bien en elle.

Aristote range les actions morales et politiques dans cette dernière catégorie.

Il écrit ainsi : « Le fait de bien agir est le but même de l'action.

» Il est évident que cette dernière catégorie est plus noble que la première.

Le travail est alors une activité servile. Le travail est pénible mais l'homme s'y soumet puisque sa survie est en jeu.

Remarquons d'entrée que la valeur du travail n'était pas la même dans le passé qu'aujourd'hui.

Dans l'antiquité, l'homme important, le citoyen ne travaillait pas.

Il pouvait s'occuper de choses sérieuses comme la vie de la cité parce que son temps était dégagé des obligations du travail.

Hannah Arendt explique ainsi la condition de l'homme moderne que « travailler, c'était l'asservissement à la nécessité » et que les esclaves, qui étaient obligés de travailler, n'avaient pas le statut d'homme.

Il faut d'ailleurs souligner que le terme liber d'où vient notre mot de liberté ne pouvait désigner que les hommes qui ne travaillaient pas.

De fait, seuls, ceux qui étaient soustraits au travail, étaient libres.

La tradition chrétienne aussi reprendrait cette conception négative du travail.

Rappelons-nous que dans le jardin d'Eden ni Eve ni Adam n'avait à travailler.

Tous les deux jouissaient des bienfaits de la nature.

C'est à travers leur faute qu'ils deviennent obligés de travailler.

La punition divine est en effet le travail.

Dieu dit à Adam : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.

» Kant semble reprendre cette origine chrétienne dans son étude du travail.

Il écrit dans Conjectures sur les débuts de l'histoire humaine que « la nature a chassé [l'homme] de l'existence d'innocence enfantine tranquille, comme d'un jardin où il trouvait dans l'insouciance sa subsistance, et l'a précipité dans le vaste monde, où tant de soucis, de peines, de maux inconnus l'attendaient.

» Le travail est donc bien rattaché à la pénibilité et à la souffrance. - Le mythe de Protagoras que Platon développe dans le livre du même nom nous permet de comprendre pourquoi l'homme est obligé de travailler.

Dans ce mythe, Platon explique que l'homme est un être désarmé, nu et sans couverture.

Alors que les animaux sont adaptés à la nature et peuvent y vivre, l'homme y est désavantagé et la nature lui est hostile.

Prométhée, voyant ce dénuement, causé par son frère qui a donné toutes les qualités aux animaux, vole le feu et l'habileté technique à Athéna et à Héphaïstos.

Or, en offrant la technique, il offre en même temps le travail qui permet d'utiliser cette technique et de lui donner un but.

Ce serait parce que l'homme ne peut répondre à ses besoins directement dans la nature qu'il doit travailler.

C'est aussi cette thèse que nous retrouvons chez plusieurs philosophes.

Pour Rousseau, par exemple, le travail est intervenu lorsque les ressources naturelles qui pourvoyaient la subsistance des hommes sont venues à manquer.

Dès que les hommes se sont rassemblés, la nature n'a plus suffi à satisfaire leurs besoins et il a été dès lors nécessaire d'entrer dans une lutte avec la nature pour en extraire les produits utiles.

Michel Foucault affirme par suite, dans Les mots et les choses, que le travail s'est développé sous le « surplomb de la mort » : « A chaque instant de son histoire, l'humanité ne travaille plus que sous. »

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