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A-t-on raison de condamner toute violence ?

Extrait du document

I. La condamnation de toutes les formes de violence est fondée moralement autant que pragmatiquement II. Mais il existe des circonstances précises qui ne permettent pas de condamner certaines formes de violence III. La condamnation de la violence ne peut être absolue, mais doit considérer les circonstances et les motivations de l'exercice de la violence

« Le terme de violenc e désigne dans un sens très large tous les comportements qui dénient à l'individu le respect qu'on lui doit.

C ar la violence n'est pas que l'acte intimidant qui humilie ou qui blesse, mais elle prend aussi des formes plus rusées, plus dissimulées, des formes que le sociologue P ierre Bourdieu a identifié sous le nom de « violence symbolique ». Le verbe « condamner » a deux sens : nous condamnons autrui d'un point de vue juridique lorsque nous le considérons en infraction à la loi, lors que nous le jugeons coupable.

C ondamner la violence revient donc à lui opposer des moyens juridiques.

M ais condamner est aussi un synonyme de réprouver, un mot dont le sens est moral : condamner la violence s ignifie alors la blâmer en tant qu'elle représente un comportement c ontraire à la morale ou à des valeurs. En nous demandant si l'on a raison de condamner toute violence, le sujet nous invite à nous demander si la condamnation de toute violence, c'est-à-dire de l'ensemble des formes de violence (physiques et symboliques) est justifiée.

Il nous faudra donc réfléchir au critère de cette justification : critère moral ? (toute violence est à condamner car toute violence est une infrac tion à la morale) critère pragmatique, c'est-à-dire, considérant le choix des moyens en fonction de la fin rec herchée ? N o u s nous demanderons s i la condamnation de la violence doit s e faire en fonc tion de c ritères moraux et pragmatiques en englobant toutes les manifestations de celle-ci. I. a. La condamnation de toutes les formes de violence est fondée moralement autant que pragmatiquement La condamnation morale et pragmatique de la violence physique A première vue, la condamnation morale autant que pragmatique de la violence physique s'impose à nous.

En effet, d'un point de vue moral, toute violence est condamnable puisqu'elle contrevient au principe de respect d'autrui qui fonde la morale.

Si la maxime universelle de la morale est bien « N e fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse » alors la violenc e constitue par nature une infraction à ce principe.

Mais elle est également c ondamnable d'un point de vue pragmatique, c'est-à-dire qu'elle ne semble pas pouvoir être acceptée en vertu des fins qu'elle permet d'atteindre, puisque la violence appelle la violence : la violence du dictateur celle de l'opprimé, la violence du colonisateur celle des autoc htones… b. La violence symbolique, condamnable à un plus haut degré ? Q u'en est-il de la violence symbolique ? E l l e s'avère c ondamnable à un plus haut degré encore, puisqu'elle englobe toutes les formes d'atteinte à la personne par des moyens verbaux.

C 'est moralement que nous nous en prenons à autrui, en l'infantilisant, en le tournant en ridicule, en le rabaissant de manière insidieuse… Une telle forme de violenc e peut s'avérer destructrice pour la psyché d'autrui et causer des dommages irréversibles (pensons aux traumatis mes occasionnés durant l'enfance). II. a. Mais il existe des circonstances précises qui ne permettent pas de condamner certaines formes de violence Le bon us age de la violence physique a des fins politiques C ependant, nous ne pouvons condamner toute violence de manière absolue, automatique, car il existe des circonstances où la violence devient la seule arme pour obtenir un bien.

C 'est ainsi que M achiavel considère la violence, dans Le Prince, comme l'un des instruments de la politique : dans la mesure où les hommes sont méchants (ce qui constitue le premier axiome de la pensée de M achiavel : « Quiconque veut fonder un Etat et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes méchants », Discours s ur la première décade de Tite-Live) le prince doit employer la violence s'il veut faire régner la paix et maintenir l'Etat. b. La violence symbolique, arme de guérilla philosophique M ême la violence s ymbolique que nous condamnions absolument tout à l'heure peut être jus tifiée pragmatiquement.

Pensons à la violence symbolique manipulée par les philosophes des Lumières, comme V oltaire, consistant dans le maniement de l'ironie à des fins polémiques : loin d'être c ondamnable comme telle, elle c onstituait au contraire une arme de guérilla philosophique, permettant de remettre en cause les iniquités de l'A ncien Régime.

T oute violence symbolique ne peut donc être condamnée sans examen. III. a. La condamnation de la violence ne peut être absolue, mais doit considérer les circonstances et les motivations de l'exercice de la violence L'éthique de la non violence absolue, idéal naïf Dans un livre de 1960 intitulé Le Pur et l'impur , V ladimir Jankélévitch soutient la thèse que la véritable force est celle qui, par le seul rayonnement de ses convictions, et sans aucune violence, ferait triompher partout le règne du droit.

Mais une telle thèse peut apparaître naïve dans un monde comme le notre, et faire le jeu des despotes et des violents : il faut parfois us er de violence pour se libérer de la violence d'autrui, Gandhi lui-même disait « Lorsqu'on a le choix uniquement entre la lâcheté et la violence, je crois que je conseillerais la violence ». b. La violence : impos sible valorisation mais ponctuelle acceptation En définitive, nous dirons que nous ne pouvons valoriser la violenc e, en faire l'objet de notre admiration ou l'instituer en moyen légitime d'action en toutes circonstances.

Mais nous ne saurions non plus la condamner sous toutes s es formes et dans toutes les circonstances : la violence est parfois l'unique moyen de s'affranchir de la violence et de faire advenir le règne du bien. Conclusion : A première vue, toute violenc e, physique ou symbolique, est condamnable, puisque toute violence est contraire au respect que l'on doit à autrui.

Mais nous ne pouvons condamner la violence sans considérer les circonstances dans lesquelles elle s'exerce ni les fins qu'elle vise : la violence est en effet, dans certains c as, le meilleur moyen de faire disparaître la violence exercée par autrui sur nous-mêmes et de faire triompher un idéal de justice.. »

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