la révolution
Publié le 06/06/2026
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«
C L A S S E P R É PA R ATO I R E A U X G R A N D E S É C O L E S
Hypokhâgne A/L — Lycée Fustel de Coulanges
SYLLABUS APPROFONDI D'HISTOIRE CONTEMPORAINE
La France au XIXe Siècle :
La Révolution Inachevée
Fiche de Synthèse Magistrale & Recueil Analytique
Chapitre 1 : Les héritages de la période révolutionnaire (1789-1814)
Cours de : Valentine Hoffbeck
Niveau : Hypokhâgne HK2 / K1 (Session 2025-2026)
Document d'Étude : Synthèse textuelle enrichie du Dossier Documentaire et des Notes de Conférence
HYPOKHÂGNE A/L — HISTOIRE CONTEMPORAINE
TABLE DES MATIÈRES
Introduction : Le royaume de France à la veille de 1789 — Un équilibre structurellement
3
menacé
I.
La Révolution, l’acte de naissance de la souveraineté nationale (1789-1790)
4
A.
L’effervescence idéologique et le coup d’État juridique des États Généraux
4
B.
L'irruption populaire et la destruction matérielle de l'Ancien Régime
4
C.
La refondation rationnelle et la fracture organique de la Constitution Civile du Clergé
5
II.
Heurs et malheurs du gouvernement révolutionnaire : une France divisée et en guerre
6
(1791-1794)
A.
La fracture constitutionnelle et la désacralisation monarchique de Varennes
6
B.
La guerre révolutionnaire et la chute du trône (10 août 1792)
6
C.
La Convention déchirée et l'architecture politique de la Terreur
7
III.
Napoléon Bonaparte, continuateur ou fossoyeur de la dynamique révolutionnaire ?
8
(1799-1814)
A.
Le césarisme plébiscitaire et la dérive dynastique de l'Empire
8
B.
Les « masses de granit » et la pérennisation juridique de l'ordre bourgeois
8
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9
C.
L'exportation idéologique, la saturation impériale et l'effondrement de 1814
Conclusion Générale : Le spectre de la Révolution au seuil du XIXe siècle
10
Note méthodologique pour l'Hypokhâgne :
Ce document constitue une restitution approfondie du cours.
Conformément aux exigences des CPGE littéraires, chaque
jalon chronologique fait l'objet d'une conceptualisation problématique.
Les documents originaux du dossier d'études sont
intégrés sous forme d'encadrés analytiques afin de servir d'exemples précis pour la dissertation d'histoire.
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HYPOKHÂGNE A/L — HISTOIRE CONTEMPORAINE
CHAPITRE 1 : LES HÉRITAGES DE LA
PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE (1789-1814)
Introduction : Le royaume de France à la veille de 1789 — Un équilibre
structurellement menacé
À la fin du XVIIIe siècle, la France de l’époque moderne est régie par un système global qualifié a
posteriori d’Ancien Régime, dont l'armature politique repose sur la monarchie absolue de droit divin.
Consolidée sous les règnes de François Ier (considéré comme l'artisan des préludes de l'absolutisme), d'Henri
IV (qui pacifie les déchirements confessionnels par l'Édit de Nantes en 1598) et portée à son acmé par Louis
XIV, cette formule politique postule que le roi détient un pouvoir personnel sans partage.
Le monarque est «
l'oint de Dieu », sacré à Reims, détenant une autorité souveraine indiscutable.
Sous le règne de Louis XVI, qui
accède au trône en 1774 à l’âge de vingt ans, ce pouvoir est confronté à des rigidités institutionnelles majeures
et à l’émergence de contestations philosophiques portées par les Lumières, remettant en cause l'idée même d’un
arbitraire gouvernemental.
La structure sociale du royaume est fondamentalement inégalitaire, juridiquement figée en une tripartition
héritée du Moyen Âge.
La population française (environ 26 à 28 millions d'habitants) se divise en trois ordres
distincts.
Les deux ordres privilégiés, la Noblesse (environ 1 % de la population, soit 270 000 individus) et le
Clergé (moins de 1 %), détiennent près de 40 % de la propriété foncière et bénéficient d'exemptions fiscales
massives, notamment de la taille royale.
Le clergé perçoit en outre la dîme, tandis que la noblesse perpétue un
système de prélèvements seigneuriaux complexes (droits de mutation, banalités, corvées) et maintient, dans
certaines provinces reculées, une servitude personnelle touchant encore plus d'un million de serfs.
Face à eux,
le Tiers-État rassemble 98 % de la Nation.
Cet ordre est caractérisé par une profonde hétérogénéité,
juxtaposant la haute bourgeoisie financière et légiste urbaine, désireuse d'une reconnaissance politique à la
mesure de son poids économique, et une immense masse paysanne (80 % de la population totale) écrasée par la
fiscalité royale, seigneuriale et ecclésiastique.
À cette crise sociale structurelle se greffe, au cours des années 1780, une crise financière et conjoncturelle
d'une violence inouïe.
Le budget de l'État pour l'année 1788 révèle un gouffre abyssal : les revenus s'élèvent à
471,6 millions de livres, face à des dépenses de 633,1 millions, engendrant un déficit de 161,5 millions de
livres.
Le service de la dette absorbe à lui seul plus de 41 % des charges de l'État, une situation aggravée par le
coût exorbitant de l'engagement militaire français dans la guerre d'Indépendance américaine.
Parallèlement, des
accidents climatiques successifs (notamment les orages de grêle de l'été 1788 et l'hiver rigoureux qui s'ensuit)
provoquent une crise de subsistance d'une ampleur inédite, faisant doubler le prix du pain et plongeant les
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classes populaires urbaines et rurales dans le dénuement.
Cette misère sourde crée un climat insurrectionnel
permanent dans les faubourgs des grandes villes, annonçant l'embrasement de la capitale.
DOCUMENT 1 : L'ÉTAT D'ESPRIT POPULAIRE À PARIS À LA VEILLE DE LA CRISE
« Le riche voit couler ses jours dans l'abondance, et le pauvre languit dans la misère...
Le faubourg Saint-Marcel
est le lieu où vit le peuple le plus pauvre, le plus paisible et le plus traitable de la capitale...
C'est là que les
séditions et les mutineries ont leur origine cachée dans ce foyer de la misère obscure.
Si le pain manque un peu,
ce faubourg est le plus inflammable de tous, et le feu s'étend bientôt dans les autres quartiers de la ville.
»
Louis-Sébastien MERCIER, Le Tableau de Paris, 1781.
Pour conjurer la faillite imminente de l'État, les ministres des finances successifs de Louis XVI (Turgot,
Calonne, puis Brienne) tentent de mettre en œuvre des réformes fiscales d'envergure inspirées du despotisme
éclairé.
Calonne ambitionne notamment en 1787 d'abolir les barrières douanières intérieures et d'instaurer la «
subvention territoriale », un impôt foncier unique frappant tous les propriétaires sans distinction d'ordre.
Cependant, ces tentatives de modernisation se heurtent à la « fronde des privilégiés ».
L'Assemblée des
Notables (1787) puis les Parlements (cours souveraines de justice dominées par la noblesse de robe) refusent
catégoriquement d'enregistrer les édits royaux, se proclamant abusivement les défenseurs des libertés du
royaume contre le « despotisme ministériel ».
Acculé, incapable de lever de nouveaux impôts, Louis XVI cède
à la pression et se voit contraint de rappeler le banquier genevois Jacques Necker et d'annoncer la convocation
des États Généraux pour le mois de mai 1789, ouvrant involontairement la voie à la dynamique
révolutionnaire.
◆ ◆ ◆
I.
La Révolution, l’acte de naissance de la souveraineté nationale
(1789-1790)
A.
L’EFFERVESCENCE IDÉOLOGIQUE ET LE COUP D’ÉTAT JURIDIQUE DES
ÉTATS GÉNÉRAUX
La perspective de la réunion des États Généraux suscite une immense espérance et libère la parole
politique à travers tout le royaume.
Entre janvier et avril 1789, la rédaction des cahiers de doléances (plus de 50
000 documents) permet aux différents ordres de formaliser leurs revendications.
Si la noblesse et le clergé
restent globalement attachés à leurs privilèges honorifiques et fiscaux, le Tiers-État exige de manière unanime
l'égalité civile, la suppression des droits seigneuriaux et la rédaction d'une Constitution limitant l'arbitraire
royal.
C’est dans ce contexte de politisation accélérée que paraît en janvier 1789 la célèbre brochure de l’Abbé
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Emmanuel-Joseph Sieyès, *Qu’est-ce que le Tiers-État ?*, véritable brûlot théorique qui redéfinit l'identité
nationale.
DOCUMENT 2 : LA CONCEPTUALISATION DE LA NATION PAR SIEYÈS
« Qu'est-ce que le Tiers-État ? TOUT.
Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? RIEN.
Que demande-til ? À y devenir QUELQUE CHOSE...
Qui oserait dire que le Tiers-état n'a pas en lui tout ce qu'il faut pour
former une nation complète ? Il est l'homme fort et robuste dont un bras est encore enchaîné.
Si l'on ôtait l'ordre
privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus.
Ainsi, qu'est-ce que le
Tiers ? Tout, mais un tout entravé et opprimé.
»
Abbé SIEYÈS, Qu'est-ce que le Tiers-État ?, janvier 1789.
L'ouverture solennelle des États Généraux le 5 mai 1789 à Versailles révèle immédiatement
l'incompatibilité des visions en présence.
Louis XVI, dans son discours d'ouverture, exhorte les députés à se
garder d'un « désir exagéré d'innovations » et à se concentrer exclusivement sur les nécessités financières du
Trésor.
Le conflit éclate sur la question nodale des modalités de vote : le roi et les deux ordres privilégiés
exigent le maintien du vote par ordre (donnant l'assurance d'une majorité de deux contre un aux conservateurs),
tandis que le Tiers-État exige le vote par tête, seul capable de faire valoir le doublement du nombre de ses
députés (578 représentants contre 291 pour la noblesse et 270 pour le clergé).
Face à l'immobilité royale et au refus des privilégiés de siéger en commun, les députés du Tiers-État,
rejoints par....
»
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