Sujet : Est-il vrai de dire que l'homme a des désirs alors que l'animal a des besoins?
Extrait du corrigé : Nietzsche n'ignore pas ce qu'il appelle la bêtise des passions. Il ne s'agit pas de faire l'éloge des désirs en général, sans regarder de près tout ce qu'il peut y avoir de mesquin, de stupide, de violent dans le désir. Seulement, dès que le désir se met en mouvement, il prend aussi nécessairement conscience de lui-même et il ne peut pas rester en l'état. Un désir mûrit. Un désir, cela grandit et s'affirme ou cela tombe comme une feuille morte. S'il était possible de spiritualiser le désir, de le porter consciemment, en bref de désirer délibérément, c'est de lui-même que le désir se dépouillerait de sa négativité. Si le désir était porté dans la flamme de la lucidité, il se dépouillerait de ses limites, il se révélerait comme une Force qui est celle-là même par laquelle la Vie ne cesse de se vouloir elle-même, de s'éprouver elle-même, de se désirer elle-même davantage et davantage. La représentation ascétique est morbide, elle fait du Désir un élément inessentiel à la vie, elle n'y voit que la marque du péché et du mal. Mais le désir est si essentiel, si essentiellement humain qu'il est la sève de la Vie, et donc que nier le désir, c'est pour un être humain devenir desséché comme du bois mort, c'est ne plus être habité par la Vie. Il est vrai que des hommes religieux tentent parfois cette destruction du désir en eux, mais que font-ils, si ce n'est dessécher leur corps et dévitaliser leurs sens.
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