Sujet : Les variations de la conscience morale fournissent-elles un argument contre le caractère absolu du devoir ?
Extrait du corrigé : Bien plus, jusqu'à nos jours là loi considère ce droit comme essentiellement individuel : le titulaire d'une propriété peut faire de ses biens l'usage qui lui plaît sans qu'on puisse avoir contre sa gestion le moindre recours légal; un père de famille qui, pour mener une vie de plaisir, dilapide l'héritage reçu de ses parents n'outrepasse pas son droit absolu et la loi protège l'exercice de ce droit jusque dans ses abus. Mais la conscience moderne se fait de la propriété une conception notablement différente : si elle lui reconnaît toujours une fonction individuelle, elle met en un relief particulier sa fonction sociale ou communautaire : en conscience, le propriétaire ne peut pas faire de ses biens n'importe quel usage; il a le devoir strict de chercher le bien commun, et demain, peut-être, la loi, confirmant les exigences nouvelles de la conscience sur la destination des richesses, le réduira au rôle d'administrateur, au bénéfice principal de la collectivité (nation ou famille), des biens hérités de ses parents ou même de ceux qu'il a pu lui-même amasser par son travail. Le profit, qui fut, dans les temps modernes, la source principale des grandes fortunes, passait naguère pour légitime. De nos jours on doit, pour le légitimer, y voir une prime attribuée à l'entrepreneur pour le risque couru. Mais par là même on accorde indirectement que le profit proprement dit est un vol déguisé au détriment de l'ouvrier ou du consommateur. Nous sommes à la veille de ne plus admettre que deux sources légitimes de gain : d'abord et avant tout le travail personnel; ensuite, l'intérêt des sommes engagées dans les entreprises et collaborant à la production. Qui sait si un jour ne viendra pas où cette seconde source elle-même sera reconnue impure, en sorte que le travail restera le seul moyen moral de gagner sa vie ? Nous le constatons, à moins qu'elle soit assoupie sous la pression de la routine, la conscience morale est naturellement inquiète, découvrant toujours quelque chose à reprendre dans des conceptions jugées irréprochables jusque-là. Aussi évolue-t-elle constamment, en sorte que l'histoire des idées morales est l'histoire de ses variations. II.
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