Sujet : Le travail peut-il être un facteur de moralisation ?
Extrait du corrigé : Tout au plus peut-on parfois parler d'un plaisir ou d'une joie dans le travail, mais il semble souvent que les deux éléments restent étrangers l'un à l'autre, et que la joie dans le travail ne soit pas toujours une joie du travail, mais uniquement la satisfaction liée à ce qu'il procure. Comment articuler ce qui relève des nécessités de la survie et la poursuite du bonheur, le minimum et le maximum ? On peut par ailleurs hésiter sur ce qui est travail et ce qui ne l'est pas. Ces hésitations, si elles ne signalent pas seulement une pensée prise au piège des mots, posent le problème de l'unité de ce concept. Les différents sens du mot « travail » : effort, accomplissement ou obligation, recouvrent-ils une activité unique ou n'y a-t-il là qu'une simple homonymie ? Que l'on doive travailler, c'est une réalité qui n'a pas nécessairement une signification morale, puisque cette contrainte s'impose à nous de toute façon comme une nécessité pratique, vitale, biologique. Comment relier cette nature première à la valorisation morale du travail, aux exigences de justice et d'égalité qui se manifestent pourtant à son sujet ? Ces questions mêmes témoignent d'un besoin de l'homme : celui de donner un sens – si possible un sens spécifiquement humain – à ce qui pouvait n'apparaître que comme simple activité mécanique, machinale. D'où la difficulté, par exemple, d'accepter l'exploitation dans le travail ou l'appropriation du travail d'autrui, alors qu'on n'ira pas s'indigner que, dans la nature et pour les nécessités de la survie, les gros poissons mangent les petits ! Chaque homme ne se sent-il pas concerné avant tout par la survie de soi et des siens, par ce qu'il détient, ses propres biens ? Comment cela peut-il se conjuguer à l'idée de responsabilité sociale ?
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