Sujet : TOUT CE QUI EST NATUREL EST-IL NORMAL ?
Extrait du corrigé : C'est ici qu'il est possible de disjoindre normalité et norme : le crime ne répond pas aux normes d'une société, pour autant il est naturel et normal puisqu'il a une fonction dans celle-ci. La norme s'oppose à la Nature La norme exclut l'accident, pourtant « naturel »… : A considérer à présent la « normalité » au sens de « norme », il apparaît contradictoire d'associer ce terme aux productions naturelles : car une norme, c'est une règle par rapport à laquelle sont fixés les jugements de valeur. Le « canon » utilisé dans l'art classique écarte d'emblée les « accidents » produits par la Nature : les monstres, les anomalies et autres exceptions. Plotin, dans les Ennéades, souligne ainsi que la norme repose sur la beauté, alors que la laideur constitue un accident, une privation de matière absolue. Mais cette vision, profondément ancrée dans la tradition chrétienne, fait de la Nature un instrument de Dieu : à considérer la Nature comme une création non habitée par un esprit supérieur, on ne peut penser ses productions en termes de « valeurs ». La norme ou la domestication de la Nature : cette maîtrise de ce qui pourrait apparaître naturel par la norme est particulièrement visible dans les commandements religieux ou moraux : défendre de tuer, c'est extraire l'être humain de son animalité pour conférer à l'humanité une valeur supérieure. Il n'y a guère de « normes » dans les communautés animales puisqu'elles ne possèdent pas de conscience d'exister : la norme est également l'expression d'une distance réflexive vis-à-vis de ce qui est naturel ou inné. La règle constituée propose un modèle sans cesse réélaboré, bien loin de la conscience médiate de la Nature. Ainsi la norme que constitue l'établissement du Droit dans le Projet de Paix perpétuelle de Kant permet-il à l'homme de résoudre de manière pacifiste l'expression de son « insociable sociabilité » naturelle, non plus à travers le conflit, qui serait la réponse immédiate, mais dans une union de tous les esprits vers un projet plus haut, au sens où il a pour but ultime la sauvegarde des êtres. L'éthique, entre nature et norme : puisqu'il est impossible à l'homme de museler définitivement ce qui lui est inné, comme les besoins, il convient d'examiner la question de la conduite de l'action en tentant de combiner l'aspiration vers une norme qui lui permet de dépasser sa condition première et la prise en compte de ces données « normales » au sens de naturelles.
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