Sujet : Le temps n'est-il pour l'homme que ce qui le limite ?
Extrait du corrigé : L'expérience me montre qu"'on meurt", c'est-à-dire que la mort concerne avant tout le "on" : tout le monde, et personne en particulier. Et tant que l"'on meurt", ce n'est précisément jamais moi qui meurs. "On", c'est tous, donc pas moi en particulier. Dans l'expérience quotidienne de la vie, le "fait de mourir" est ramené au niveau d'un événement qui concerne bien la réalité humaine, mais elle advient toujours pour moi par procuration. Dans la réalité humaine et sociale, la mort est un événement qui relève du domaine public. A ce titre de pseudo-réalité, nous en oublions ses éléments constitutifs : en soi, la mort est un inconditionnel et un indépassable qui fonde la possibilité de ma propre existence et sa prise de conscience. Elle est un impensable qui fait le fond de la possibilité de penser mon existence propre : "Le "on" justifie et aggrave la tentation de se dissimuler à soi-même l'être pour la mort, cet être possédé absolument en propre." Quand on dit que la mort n'est "pas encore, pour le moment", on s'accroche à la réalité humaine pour se voiler la certitude que l'on mourra un jour. On fuit la mort, parce que c'est une pensée fatigante et inaccessible, et que nos soucis quotidiens nous paraissent plus importants que la réflexion sur le fondement de tout être humain d'être un être pour la fin. La mort est sans cesse différée, et sa préoccupation laissée à l'opinion générale.
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