Sujet : Sommes-nous maîtres de nos paroles ?
Extrait du corrigé : Mais c'est en poème que le clame Artaud. Et sa « langue de feu » nous affecte sans doute plus profondément que bien des discours « sensés ». En conséquence, comme le soulignait déjà Descartes, on peut considérer que le fou a part au logos. Si désarticulé qu'il puisse être , et « bien qu'il ne suive pas la raison », le discours de la folie reste un discours. D'apparence incohérente, il « ne laisse pas d'être à propos des sujets qui se présentent », conservant donc un rapport à la réalité, tant des objets auxquels il a trait que de la situation de communication dans laquelle il s'inscrit. On peut donc conclure provisoirement sur ce point que le langage est en l'humanité, tout comme la raison peut-être, un instrument universel. Instrument voué, en l'occurrence, à la manifestation de la vie de conscience ; au service, donc, du témoignage, et qui ne fait défaut ni à l'imbécile ni au fou : « c'est une chose bien remarquable, résumait Descartes, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter mêmes les insensés qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles, et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ».Au contraire, souligne aussitôt, et par contraste, le « Discours de la méthode », « il n'y a point d'autre animal » qui fasse de même. Le philosophe exclut donc fermement la possibilité que des bêtes aient accès au langage. Certes, note-t-il, on peut bien dresser un perroquet ou une pie à crier « bonjour » à l'arrivée de son propriétaire.
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