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Sujet : Une société sans conflit est-elle concevable ?

Extrait du corrigé : Or la force de casser les vieilles structures et de fonder les nouvelles, Hegel l'assigne aux grands hommes de l'histoire  (Alexandre, César, Napoléon). Ce sont des héros dans la mesure où leurs passions personnelles coïncident avec l'exigence du temps, et leur donnent la capacité de passer par-dessus les lois et la morale reconnues  pour « accoucher »  l'histoire de sa nouvelle forme. La ruse de la raison, la ruse de l'histoire consistent en ce que les hommes croient réaliser leur ambition et  mettent en réalité au jour  ce qu'exigeait l'époque : « Il résulte de l'action des hommes en général encore autre chose  que ce qu'ils projettent et atteignent, que ce qu'ils savent et veulent immédiatement ; ils réalisent leurs intérêts, mais il se produit avec cela quelqu'autre chose qui y est caché à l'intérieur, dont leur conscience ne se rendait pas compte, et qui n'était pas dans leurs vues. » Les passions humaines, les buts particuliers des hommes ne servent qu'à réaliser la progression de l'Idée de liberté, et la connexion du stade déterminé de la conscience de la liberté et des aspirations humaines se manifeste au sein d'une forme politique et étatique elle-même déterminée : « Ainsi deux éléments interviennent dans notre sujet : l'un est l'Idée, l'autre les passions humaines ; l'un est la chaîne, l'autre la trame du grand tapis que constitue l'histoire universelle étendue devant nous. La liberté morale dans l'Etat  forme le centre concret et  la jonction de ces deux éléments. » L'ultime conséquence de cette compréhension de l'histoire est que, loin qu'on puisse juger l'histoire, celle-ci devient le tribunal des actions humaines. Une fois reconnue la nécessité suprême du développement de l'Idée de liberté et de sa réalisation concrète dans l'Etat, les considérations morales deviennent oiseuses. Si Hegel affirme que ceux qui résistent par noblesse et moralité au progrès de l'Idée et à la ruine du monde reconnu qu'elle entraîne sont moralement plus « haut » que les héros qui détruisent l'ordre antérieur, c'est pour ajouter aussitôt que ces grands hommes sont « justifiés du point de vue du monde. » « A ce point de vue toutefois, il ne faut pas émettre à l'encontre d'actions historiques de portée universelle et de leurs auteurs des exigences morales qui leur sont étrangères [...] D'ailleurs l'histoire universelle pourrait, en général, entièrement négliger la sphère où se range la moralité.

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