Sujet : Peut-il y avoir de mauvais usages de la raison ?
Extrait du corrigé : Selon lui, en effet, les concepts morcellent le réel en rompant l'unité concrète des objets qui le composent ; en outre, ils déforment ce réel en rendant communes à une infinité de choses des propriétés singulières, et en réunissant dans leur extension et leur compréhension des objets et des éléments incompatibles entre eux ; enfin, ils figent l'écoulement continu de la réalité qui est essentiellement fluide et mouvante. ■ Dans ces conditions, explique W. James, « rendre la vie intelligible au moyen des concepts, c'est arrêter son mouvement pour la découper comme avec des ciseaux, et pour en immobiliser les morceaux dans notre herbier logique où, les comparant entre eux comme des spécimens desséchés, nous pouvons établir lesquels, au point de vue statique, en impliquent ou en excluent d'autres, et lesquels, au même point de vue, sont impliqués dans les premiers ou exclus par eux ». Aussi, « au lieu d'être l'interprétation de la réalité, les concepts sont la négation absolue de tout ce qu'elle a d'intime » (Philosophie de l'Expérience, tr. Le Brun, 1910, p. 233 et 236). ■ Nietzsche va encore plus loin que Bergson en voyant dans la raison l'expression d'une crainte et d'une démission devant la vie. « La logique, observe-t-il, ne s'applique qu'à des entités fictives, créées par nous. La logique est une tentative de comprendre le monde réel d'après le schéma de l'Être que nous avons construit. » La raison, en effet, est une affirmation de l'Être contre le Devenir, de la supériorité du Même sur l'Autre, puisque être c'est rester le même, et devenir c'est être autre que ce qu'on était ; or le premier principe de la raison est le principe d'identité (« Ce qui est, est » ou « A est A »), et pour elle expliquer c'est identifier, c'est-à-dire ramener au même, l'inconnu au connu.
Corrigé de 1961 mots (soit 3 pages) directement accessible
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