Sujet : Peut-il y avoir de mauvais usages de la raison ?
Extrait du corrigé : VIOLENCES ET ÉGAREMENTS DE LA RAISON A. Une raison réductrice ■ La raison est une faculté d'ordre ; mais cet ordre, qu'elle érige en Ordre absolu, n'est autre que son ordre, ordre qu'elle impose à tout ce qu'elle considère. En d'autres termes, en appréhendant un phénomène, la raison le contraint à se soumettre à ses principes, à ses catégories, à ses concepts, au risque de le déformer, de le mutiler ; certains diront même que quand un phénomène refuse de se plier à sa loi, elle le nie ou du moins l'ignore. ■ Bergson a ainsi pu critiquer le concept et la logique du concept pur, tous deux constitutifs de la raison qui se définit comme la faculté de combiner logiquement des concepts et des propositions. Selon lui, en effet, les concepts morcellent le réel en rompant l'unité concrète des objets qui le composent ; en outre, ils déforment ce réel en rendant communes à une infinité de choses des propriétés singulières, et en réunissant dans leur extension et leur compréhension des objets et des éléments incompatibles entre eux ; enfin, ils figent l'écoulement continu de la réalité qui est essentiellement fluide et mouvante. ■ Dans ces conditions, explique W. James, « rendre la vie intelligible au moyen des concepts, c'est arrêter son mouvement pour la découper comme avec des ciseaux, et pour en immobiliser les morceaux dans notre herbier logique où, les comparant entre eux comme des spécimens desséchés, nous pouvons établir lesquels, au point de vue statique, en impliquent ou en excluent d'autres, et lesquels, au même point de vue, sont impliqués dans les premiers ou exclus par eux ». Aussi, « au lieu d'être l'interprétation de la réalité, les concepts sont la négation absolue de tout ce qu'elle a d'intime » (Philosophie de l'Expérience, tr. Le Brun, 1910, p. 233 et 236).
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