Sujet : Un peuple sans mémoire peut-il être libre ?
Extrait du corrigé : - Mais c'est aussi pour apprécier le chemin qu'il a déjà parcouru vers sa définition, les obstacles qu'il a dû vaincre dans la conquête de son autonomie, les combats éventuellement menés pour construire sa liberté (prendre en exemple, banalement, la France, avec ce que signifie 1789 dans la mémoire collective, ou un pays africain pour lequel l'histoire récente - l'accès à l'«indépendance» - reste évidemment déterminante). - La mémoire collective peut aussi rappeler ce que le peuple a accompli de moins recommandable (cas de l'Allemagne). Mais cet apport n'a rien de négatif: au contraire, il permet d'assumer pleinement le passé - non pour l'« avouer» et se faire «à moitié pardonner», mais pour en repérer à fond les causes et les extirper de la réalité sociale. Un passé enfoui ou refoulé risque toujours de «faire retour» dans les pires conditions. Au contraire, le passé analysé et compris constitue en lui-même un acte de libération à l'égard des pires fantômes. III. Quelle liberté? - L'apport de la mémoire peut être pénible ou douloureux: il n'est guère enthousiasmant, pour un Français, de savoir que les lois anti-juives de Vichy ont bien été énoncées par quelques-uns de ses prédécesseurs. - On peut ici, s'aidant de Sartre, faire un parallèle entre l'individu et le «peuple». De même que, pour l'existentialisme, tout doit me concerner (y compris ce qui a eu lieu quand je n'étais pas là) et que je dois prendre position sur tout si j'entends tenir compte de la liberté à laquelle je suis, comme homme, « condamné », de même le peuple dans son ensemble doit être capable de former une opinion ou un jugement historique à l'égard de tout son passé.
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