Sujet : Perdre son temps, est-ce le perdre ?
Extrait du corrigé : Ainsi, le temps que l'on perd dans certaines conditions ou situations est-il moins une propriété personnelle qu'une partie d'un temps socialisé, obéissant comme tel à des rythmes et à une organisation qui ne dépendent pas de l'individu. C'est, par excellence, le temps du travail.Dans la mesure où il est défini en fonction de critères collectifs ou sociaux, le perdre constitue un manquement ou une faute. C'est bien ce que reprocheront à notre élève ses parents, en découvrant sa note lamentable : « Tu as encore perdu ton temps au lieu de te concentrer sur ce que tu avais à faire... ».Bien entendu, la « perte » n'est à prendre ici que dans un sens métaphorique : si l'on ne peut perdre que ce qui nous appartient, le temps ne peut être perdu. Car il ne peut être en lui-même notre propriété ; c'est bien plutôt nous qui lui appartenons, parce que c'est nous qui vivons à travers lui : il nous traverse, nous modifie sans cesse, indépendamment de notre volonté, et tout ce que nous pouvons espérer, c'est l'occuper, le remplir denotre activité. Mais nous ne saurions décider de sa présence ou de son absence : il est toujours déjà là, même lorsque nous n'y pensons pas. C'est pourquoi le perdre (c'est-à-dire ne pas y déployer l'efficacité que nous devrions y montrer), c'est aussi perdre un fragment de nous-même. Soit au présent, lorsque le « temps perdu » s'écoule précisément sans que nous en prenions conscience, et que nous pouvons ensuite constater qu'une certaine durée a été « vide », nous a totalement échappé, s'est développée sans que nous en fassions rien.
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