Sujet : L'oeuvre d'art est-elle nécessairement belle ?
Extrait du corrigé : Une telle conception permet de rendre compte d'une grande quantité d'oeuvres d'art antérieures. L'élaboration interne sur laquelle insiste Kant correspond, par exemple, aux diverses règles formelles progressivement mises au point dans les domaines artistiques pour garantir en effet que l'oeuvre produise un effet d'ensemble (formes des poèmes, règles de la perspective, application du nombre d'or, structures des compositions musicales, etc.). On peut toutefois se demander si elle permet aussi de saisir la spécificité des oeuvres postérieures, en particulier de celles qui composent ce qu'il est habituel de nommer art « moderne » (depuis Manet) ou « contemporain » (tel qu'il est produit depuis vingt-cinq ans).Avant même de répondre, il importe de rappeler que, selon Kant, le beau n'est pas la seule valeur esthétique. Une place doit être faite à ce qu'il nomme le « sublime », dont la version « mathématique » (ou de la grandeur) se constate dans les oeuvres (notamment architecturales) dont les dimensions sont particulièrement impressionnantes (pyramides d'Égypte, colonnade de Saint-Pierre de Rome). Ce sublime n'est pas une simple variante de la beauté, puisqu'il produit sur le spectateur un effet pratiquement opposé : alors que la beauté « plaît », le sublime est plutôt du côté du « déplaisir », il «rabroue ». D'où l'on peut déjà déduire que, même pour l'esthétique classique, une oeuvre d'art peut être autre chose que « belle ».[II. L'ébranlement de ces critères]C'est cependant l'évolution même des oeuvres d'art (c'est-à-dire de celles que l'on reconnaît comme telles et de leur définition) qui oblige à remettre en cause la présence nécessaire, en elles, d'une beauté.
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