Sujet : Notre conscience est-elle à nous ?
Extrait du corrigé : Il ne s'agit pas ici de résoudre ce problème mais de voir que la conscience est individuelle et qu'à ce titre, parler d'autrui, pour un Je, est problématique. "Comment une action ou une pensée humaine peut-elle être saisie dans le mode du "on", puisque, par principe, elle est une opération en première personne, inséparable d'un Je? Il est facile de répondre que le pronom indéfini n'est ici qu'une formule vague pour désigner une multiplicité de Je ou encore un Je en général. J'ai, dira-t-on, l'expérience d'un certain milieu culturel et des conduites qui y correspondent ; devant les vestiges d'une civilisation disparue, je conçois par analogie l'espèce d'homme qui y a vécu. Mais il faudrait d'abord savoir comment je puis avoir l'expérience de mon propre monde culturel, de ma civilisation. On répondra derechef que je vois les autres hommes autour de moi faire des ustensiles qui m'entourent un certain usage, que j'interprète leur conduite par l'analogie de la mienne et par mon expérience intime qui m'enseigne le sens et l'intention des gestes perçus. En fin de compte, les actions des autres seraient toujours comprises par les miennes ; le "on" ou le "nous" par le Je. Mais la question est justement là : comment le mot Je peut-il se mettre au pluriel, comment peut-on former une idée générale du Je, comment puis-je parler d'un autre Je que le mien, comment puis-je savoir qu'il y a d'autres Je, comment la conscience qui, par principe, et comme connaissance d'elle-même, est dans le mode du Je, peut-elle être saisie dans le mode du Toi et par là dans le mode du "On"?" Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, II, IV. Transition: La conscience est individuelle.
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