Sujet : La morale est-elle le produit de l'instinct ?
Extrait du corrigé : Tout d'abord par une sorte de sympathie (empathie) devant la souffrance d'autrui (« ceux que nous voyons souffrir »), ressentie vraisemblablement comme une souffrance que nous ressentons dans notre propre corps. Le « secours » que nous portons à autrui est un secours que nous porterions spontanément à nous-mêmes. Il n'est certainement pas ici (ce qui se passera au contraire plus tard avec Bentham) lié à un calcul (plus ou moins rationnel).En effet, Rousseau indique que ce mouvement de la pitié est « sans réflexion ». Il n'est possible qu'au prix d'une sympathie universelle où chaque individu est en même temps tous les autres.Si la pitié est un sentiment premier (qui joue pleinement son rôle dès l'état de nature), c'est aussi un sentiment proprement humain, qui s'oppose à l'instinct (naturel lui aussi, mais strictement animal). Là encore, la pitié inonde l'homme (tout « sauvage robuste » qu'il soit) au moment du spectacle du malheur. Le sauvage se connaît comme fort, il voit l'enfant comme « faible ». La pitié abolit les distances. Elle nous fait aller d'un coup vers l'autre, elle nous fait l'égal de l'autre, et nous sommes prêts à lui donner la puissance que nous avons en trop, mais qui lui manque.
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