Sujet : Morale et inconscient ?
Extrait du corrigé : Mais alors l'homme, jouet de telles forces, ne serait plus responsable de ses actes, se verrait dénier tout pouvoir de la volonté qui, selon les philosophies de la conscience fondées sur une détermination de l'homme par la raison et ses tâches morales et spirituelles à accomplir, est présupposé dans tout acte de liberté ? Cette manière de poser la question, le plus souvent moralisante (il ne s'agit pas d'identifier Alain à un tel argument général et en ce sens simplifié) et en tout cas réductrice puisqu'elle pense précisément en termes de déterminisme causal et de dualisme dogmatique du corps et de l'âme ou de l'esprit, là où l'on doit rappeler que Freud ne cesse d'insister sur le travail du sens que le sujet doit faire sur lui-même pour se réapproprier son passé (voyez, même s'il s'agit d'une caricature, les films de Hitchcock, "La maison du docteur Edwardes" (1945), "Pas de printemps pour Marnie" (1964) où la trame psychanalytique est toujours la même (la trame narrative étant bien sûr renversée): un traumatisme dans l'enfance, le refoulement puis éventuellement l'amnésie, des symptômes morbides qui se répètent à l'âge adulte sous forme de délires, hallucinations, angoisses, manies et obsessions, par exemple la kleptomanie et enfin un travail de guérison merveilleusement réussi où le sujet revit consciemment la scène traumatique ( ce qu'en termes savants Freud nommera dans la première période "abréaction" et dont il remarquera la trop grande simplicité) en se libérant ainsi de sa névrose, s'appropriant ainsi son passé et son avenir heureux qui, comme dans James Bond, ou presque, s'inaugure par une idyllique lune de miel. Vous remarquerez combien ce qui a trait à la sexualité est élégamment et plus que discrètement évoqué (sauf à s'amuser des symboles, ce qu'il ne faut pas manquer de faire, bien évidemment) voire éludé). Plus sérieusement, s'il le faut, il est intéressant de considérer la critique sartrienne de l'inconscient freudien.Cette critique est tout d'abord développée dans "L'être et le néant" et tente de substituer à la psychanalyse qu'il caractérise comme une psychanalyse empiriste, c'est-à-dire objectiviste et naturaliste, la psychanalyse existentielle dont il définit ainsi la méthode: "C'est une méthode destinée à mettre en lumière, sous une forme rigoureusement objective, le choix subjectif par lequel chaque personne se fait personne, c'est-à-dire se fait annoncer à elle-même ce qu'elle est. Ce qu'elle cherche étant un choix d'être en même temps qu'un être, elle doit réduire les comportements singuliers aux relations fondamentales, non de sexualité ou de volonté de puissance, mais d'être qui s'expriment dans ces comportements " (pp 634-635).Le présupposé de cette psychanalyse existentielle qui cherche à décrire phénoménologiquement les conduites est dirigé contre le postulat freudien de l'impossibilité à la fois théorique et pratique de réduire le psychique à la conscience. Au contraire dit Sartre la psychanalyse existentielle rejette le postulat de l'inconscient et affirme que pour elle " le fait psychique est coextensif à la conscience " (p 630). Mais la conscience ne s'identifie pas, selon une longue tradition rationaliste, à la connaissance : il y a donc du conscient non connu qui se manifeste notamment dans la vie affective et émotive et dans les conduites par rapport à autrui. Sartre reprend la thèse phénoménologique de la conscience comme acte de visée du monde non pas comme chose mais comme signification et introduit l'idée de cogito préréflexif comme condition du cogito cartésien.
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