Sujet : Est- on méchant uniquement parce qu'on est malheureux ?
Extrait du corrigé : En effet, si je suis cloué sur un lit d'hôpital, j'éprouve la frustration de ne pas pouvoir marcher, de ne pas avoir le loisir de sortir et d'être autonome. À ce niveau, mon malheur est une souffrance quasi physique : je suis impotent. Cependant, à cela s'ajoute le regard d'autrui, regard qui, comme le disait Sartre, peut être physique ou mental ; autrement dit, je peux sentir la présence d'autrui, même quand il n'est pas là. Dès lors, je me sens dépendant d'autrui (pour me déplacer, par exemple), je le sens apitoyé, comme s'il me plaignait. C'est alors que je me sens faible face à lui : autant ma souffrance était vécue et je ne la jugeais pas, autant autrui m'en donne désormais une image : je suis l'infirme cloué au lit, qui ne peut rien faire tout seul. Cette analyse cherche à mettre au jour ce que Sartre appelle la structure du « pour-autrui », inhérente à la conscience. En effet, le regard que je porte sur mon malheur est toujours médiatisé par la conscience d'autrui : je me vois et me juge pour autant qu'autrui le fait. Je n'existe pas « pour moi » mais « pour autrui ». Je suis ce que je suis sous le regard d'autrui. Mon malheur me semble donc devenir faiblesse face à autrui : ma méchanceté n'est alors qu'un moyen de conjurer cette situation.
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