Sujet : LA LUCIDITÉ CONDUIT-ELLE NÉCESSAIREMENT AU PESSIMISME ?
Extrait du corrigé : La volonté de la Nature est donc que l'individu soit la due de l'espèce. D'où les illusions : le noble sentiment amoureux n'est qu'une ruse de l'instinct de reproduction, selon Schopenhauer : « Ainsi chaque amant se trouve-t-il leurré après l'achèvement du grand-oeuvre, car le mirage a disparu, qui faisait de l'individu la dupe de l'espèce. » La recherche du bonheur est l'illusion suprême qui résume toutes les autres : l'individu s'imagine être une fin en soi, alors qu'il n'est qu'un moyen de l'espèce. Et le même auteur d'ajouter : « Il n'y a qu'une erreur innée : celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux. » Toute notre activité est soumise à cette illusion et, à travers elle, à cette volonté rusée qui anime souterrainement notre vie consciente. Connaître la vérité condamne à se retirer de la vie et à s'installer en spectateur de la vie. Si je connais, je cesse d'agir et regarde impassiblement le train du monde continuer à rouler sous mes yeux vides d'intérêt : c'est la pure représentation, l'attitude du philosophe ou de l'artiste, de celui qui a vidé la vie de son contenu pour n'en conserver que la belle forme. Deux attitude fondamentales qui transparaissent dans le titre du maître livre de Schopenhauer : « Le monde comme volonté et comme représentation » : l'illusion et la vie d'une part, la vérité et la contemplation de l'autre ; l'acteur (volonté) ou le spectateur (représentation). La représentation déréalise le monde : l'idéalisme kantien a prouvé que nous ne pouvons connaître la réalité du monde (l'inconnaissable chose en soi), mais seulement la représentation que nous en avons, le « rêve » logique et rationnel que nous nous fabriquons : Schopenhauer radicalise le phénoménisme kantien. Reste l'énigme du corps, ses besoins, ses tendances, bref une volonté.
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