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Sujet : La liberté de l'esprit a t-elle pour condition le travail ou le loisir ?

Extrait du corrigé : Thèse que confirment aussi bien, à leur manière, Hegel ou Marx que l'anthropologie contemporaine.On est ainsi obligé d'admettre que l'existence du travail fait partie, avec les règles et la conscience de la mort (cf. entre autres Georges Bataille) de ce qui distingue l'être humain de l'animalité, et que le développement de l'esprit n'en est qu'une conséquence. On aurait donc tort de concevoir un homme doté d'esprit antérieurement à l'apparition du travail - et l'on peut affirmer que si le travailleur est méprisé dans la mentalité grecque (et jusque dans la philosophie - voir ce que dit Platon des «artisans» toujours soumis à la concupiscence et en conséquence incapables de comprendre les avantages du collectivisme mis en place dans la Cité idéale, ou la façon dont Aristote définit l'esclave comme un « outil animé »), la liberté intellectuelle dont jouissent dans l'antiquité les citoyens n'est possible que parce que les esclaves travaillent à leur place et à leur profit. C'est d'ailleurs bien ce que souligne Hegel: une telle liberté n'est encore que celle de «quelques-uns» - et non celle de l'esprit humain en général.Il est bon de rappeler que ces concepts - «liberté », «esprit», «travail» et même «loisir» - ne se déploient qu'au cours d'une histoire. De cette dernière, Hegel indique le schéma dans sa célèbre Dialectique du Maître et de l'Esclave, où il montre comment la conscience qui est capable d'accéder à la vraie liberté (c'est-à-dire celle qui agit, et qui retrouve la preuve de son existence dans le résultat de ses actes, dans la matière transformée par l'action) est bien celle de l'esclave. De ce point de vue, l'homme du loisir, le «maître», ne bénéficie que d'une liberté encore négative (celle qui correspond au moment du pour-soi), qui ne peut que refuser le réel, demeurer inactive et se trouver en conséquence «dépassée» par celle à laquelle parvient celui qui est en un premier temps son esclave.On en retiendra, en termes moins strictement hégéliens, que si la liberté de l'esprit semble trouver dans le loisir un temps particulièrement propice à son affirmation, c'est bien le travail qui en conditionne la possibilité et l'émergence.Encore faudrait-il garantir que le loisir n'est pas devenu un temps d'aliénation, au lieu d'être ce moment où l'esprit pourrait se consacrer aux activités qu'il privilégie authentiquement.

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