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Sujet : Est-ce légitimement que l'on invoque la réalité des faits contre les spéculations de la raison ?

Extrait du corrigé : Existe-t-il un risque, pour la raison, de perdre de vue les faits, ce qui justifierait sa disqualification ?       Eléments pour le développement   * Le danger du recours systématique à la raison : l'oubli des faits    Auguste Comte   « Si l'on a souvent justement déploré, dans l'ordre matériel, l'ouvrier exclusivement occupé, pendant sa vie entière, à la fabrication des manches de couteaux ou de têtes d'épingle, la saine philosophie ne doit peut-être pas, au fond, faire moins regretter, dans l'ordre intellectuel, l'emploi exclusif et continu d'un cerveau humain la résolution de quelques équations ou au classement de quelques insectes : l'effet moral, en l'un et l'autre cas, est malheureusement fort analogue ; c'est toujours de tendre essentiellement à inspirer une désastreuse indifférence pour le cours général des affaires humaines, pourvu qu'il y ait sans cesse des équations à résoudre et des épingles à fabriquer. »   On peut critiquer l'éloignement des faits entraîné par le recours à la raison : Comte y voit dans ce texte un automatisme aussi pernicieux que celui qui consiste à ne s'occuper que de fraction insignifiantes du réel, sans vue d'ensemble. La raison seule semblerait alors éloigner de la saisie du réel, au lieu de permettre cette saisie.   * La nécessité d'un usage pratique de la raison   Aristote, Ethique à Nicomaque   « On a donc raison de dire que c'est par l'accomplissement des actions justes qu'on devient juste, et par l'accomplissement des actions modérées qu'on devient modéré, tandis qu'à ne pas les accomplir nul ne saurait jamais être en passe de devenir bon. Mais la plupart des hommes, au lieu d'accomplir des actions vertueuses, se retranchent dans le domaine de la discussion, et pensent qu'ils agissent ainsi en philosophes et que cela suffira à les rendre vertueux : ils ressemblent en cela aux malades qui écoutent leur médecin attentivement, mais n'exécutent aucune de ses prescriptions. Et de même que ces malades n'assureront pas la santé de leur corps en se soignant de cette façon, les autres non plus n'obtiendront pas celle de l'âme en professant une philosophie de ce genre. »   Il est possible de distinguer deux usages de la raison, et deux rapports différents de la raison aux faits : le premier fait de la raison une instance autosuffisante n'ayant pas besoin d'une application au réel, le second s'efforce de travailler les faits du réel grâce à la raison ; dans ce cas, la réalité des faits et les spéculations de la raison interagissent. La critique des spéculations de la raison ne vaut alors que pour un certain usage, purement abstrait, de celle-ci.     * La raison, créatrice du fait et de la connaissance de celui-ci   Albert Einstein, « On the Method of Theoretical Physics », cité par R.

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