Sujet : L'immoralisme ?
Extrait du corrigé : I p. 149). Nietzsche fait gloire à La Rochefoucauld et à Pascal d'avoir « compris l'identité essentielle des actions humaines et leur équivalence foncière ».Pourtant ni Calliclès, ni Nietzsche surtout ne s'en tiennent là. Sade, le moins moraliste des trois, reste fidèle, si l'on peut dire, à sa neutralité immoraliste : certes il décrit avec complaisance les plus horribles pratiques des libertins et il semble clair qu'elles correspondent à ses goûts personnels, mais il ne cherche guère à construire à partir de là une nouvelle éthique ; la singularité et l'excès même des débauches qu'il se plaît à cultiver le défendent sans doute contre cette tentation ; le langage qu'il parle n'est après tout pas très différent de celui que tiendrait un criminologiste moderne. Le criminel « n'est pas plus coupable que ne l'est celui qui vient au Inonde borgne ou boiteux » ; s'il le pouvait « il reformerait à l'instant ses goûts, ses affections, ses penchants sur le plan général ». Bien différent de Gide il n'idéalise pas ses penchants singuliers et se contente de plaider l'indulgence en soulignant la condition tragique de celui qui a des penchants peu compatibles avec la vie sociale : « De quel droit même les lois qui ne sont faites que pour le bonheur de l'homme, oseront-elles sévir contre celui qui ne peut se corriger ou qui n'y parviendrait qu'aux dépens de ce bonheur que doivent lui conserver les lois ? ». Sade révèle ici la contradiction interne propre à la morale naturaliste du bonheur qui triomphait au xviiie siècle ; son oeuvre n'est pas l'expression d'une nouvelle éthique, elle est le cri d'un malade incurable, cri désespéré auquel son temps ne peut répondre, auquel peut-être nos techniques psychiatriques contemporaines apportent quelque début de réponse. encore balbutiante.
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