Sujet : Désir et action ?
Extrait du corrigé : Mais s'il est communément admis que le désir constitue une forme d'esclavage, c'est aussi qu'il nous oppose continuellement à la réalité. Cette dernière coïncide rarement avec nos attentes, ce pourquoi nous ne l'acceptons pas comme telle : l'homme désirant est aussi un « homme révolté ». La plus élémentaire des sagesses ne consiste-t-elle pas dans ces conditions, et comme le préconise Descartes (1596-1650), à plutôt « changer mes désirs que l'ordre du monde » ? Il ne s'agit pas de s'attaquer à la réalité et à la résistance qu'elle oppose à nos désirs, à notre idéal de bonheur, mais plutôt d'accepter les choses telles qu'elles sont, sans prétendre les transformer radicalement.C'est donc faire preuve de prudence que de ne pas s'abandonner à des désirs irréalisables : la recherche inconsidérée du plaisir est tout l'inverse de la quête du bonheur, qui doit être réfléchie. Le désir n'est pas le meilleur allié du bonheur, puisque la raison doit le modérer en relativisant nos espérances les plus vaines. Le désir n'est esclavage que lorsqu'il n'accepte pas d'être confronté à la réalité des faits : céder à chacune de nos tentations, comme don Juan cède à son besoin de séduction, équivaut à se rendre dépendant de nos chimères.Mais il semble bien difficile de penser l'action indépendamment du désir qui la motive. Le désir n'est pas seulement manque (Platon) ou besoin (Freud), il est aussi énergie, mouvement, mobile (Hobbes, Spinoza, Deleuze). Faut-il alors en conclure que nous ne ferions rien que nous ne désirions d'abord ?
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