Sujet : La conscience de la mort est-elle le propre de l'homme ?
Extrait du corrigé : Ce sont peut-être l'activité même de la conscience, sa tension vers ce qui fut et ce qui n'est pas encore, et son attention au présent, qui constituent le temps et rendent possible sa mesure. Exister dans le temps, ou plutôt être temps, c'est pour la conscience endurer la distension de la mémoire et de l'attente, et tâcher de la corriger par une attention au présent, qui apparaît ainsi comme la dimension privilégiée du temps. Le phénomène de la distension semble ainsi constituer l'essence du temps : la distension est précisément l'acte par lequel l'âme, non pas s'inscrit dans le temps, mais se fait temps, se « temporalise », pour ainsi dire. Acte précisément décrit par Plotin. Là est l'événement qui fait advenir le temps, par exemple lorsque la prise de conscience subite du vieillissement, et de l'imminence de la mort, arrache un homme à toutes les routines et l'oblige à s'appréhender lui-même comme pur existant, ou, selon le mot de Proust, comme un bloc friable de « temps vivant vécu ».Finitude de l'existence et expérience du tempsLa conscience de la mort est-elle le propre de l'homme ?S'il y a une spécificité de la manière proprement humaine d'exister, par opposition à la simple « vie » animale, elle tient peut-être à ce que nous autres hommes savons que nous allons mourir. Même s'il y avait quelque imprudence à dénier à l'animal tout pressentiment de sa fin, il semble en effet que la clarté et l'indubitabilité de cette certitude soient une propriété distinctive de l'homme. C'est bien pourquoi, du reste, les Grecs usaient généralement de l'expression « les mortels » pour désigner l'humanité, ainsi distinguée de ses dieux (les « immortels »), et des animaux : ces derniers, moins individués que les êtres humains, apparaissaient comme autant d'exemplaires interchangeables de telle ou telle espèce vivante, à jamais présente au sein de la nature. Cette conscience qu'a l'homme, non seulement de son individualité personnelle, mais, peut-être d'abord, de sa finitude, serait-elle à l'origine de la culture ?
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