Sujet : L'amour permet-il de franchir la distance qui nous sépare d'autrui ?
Extrait du corrigé : Mais généralement, aussitôt nous avons peur de cette différence, nous cherchons même à la gommer. Aussi nous tenons à atténuer les choses en disant tout aussitôt que cet autre est un autre nous-mêmes : un « alter ego ». Lévinas prend le contre-pied d'une telle approche vaguement conciliatrice. Pour lui autrui est un autre, au sens plein. Un autre que moi-même et donc d'emblée différent de moi. Au point d'ailleurs d'affirmer autrui par lui-même (et non par rapport à mon point de vue), d'en faire le centre à partir duquel il est alors possible de me définir : « il est ce que moi je ne suis pas ». Comme si –de mon côté- il manquait de l'être (« je ne suis pas »), et qu'au contraire –de son côté- il était (« il est ») dans la plénitude de l'être. Mais, par un renversement paradoxal, Lévinas, dans la relation qu'il suppose, fait d'autrui quelqu'un qu'on serait tenté de définir comme inférieur : expressément de « faible » et de « pauvre ». Ce qui ne peut que nous interpeller car, dès lors, autrui n'est pas un autre nous-mêmes. Au contraire, nous devons le reconnaître dans sa différence même –et peut-être même pressentir que cette faiblesse et cette pauvreté, c'est justement ce qui fait son prix.
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