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Sujet : l'activité de l'artiste relève-t-elle du travail ou du jeu

Extrait du corrigé : Génie signifie à l'origine une instance divine avec laquelle l'individu est en relation directe (pensez au daîmon de Socrate). Le génie est ainsi ce qui inspire, le principe et l'origine de l'inspiration. Une telle conception de la nature de l'artiste se trouve exemplifiée dans le Ion de Platon, dialogue en lequel le poète prend la fonction d'être le médium du divin qui le transcende. L'artiste est le mage ; l'artiste est le prophète (voir la figure du poète romantique à ce propos). Mais dans penser la nature du génie artistique comme expression du jeu de l'inspiration conduit l'art à être conçu comme expression d'une finalité qui lui serait endogène. Dans son libre jeu, hors de toutes contraintes et de toutes règles (puisqu'inspiré, l'artiste est en totale déprise sur l'ordre de sa volonté, mais se révèle être l'élément diaphane de la procession du divin), l'inspiration est à elle-même sa propre fin, ne trouvant son accomplissement que dans l'infinie itération de son jeu (le “ encore une fois ! ” de Zarathoustra). Etant à lui-même sa propre fin, et n'ayant pour fin que sa re-production, le jeu de l'inspiration ne produit rien d'extérieur à lui :  le jeu de l'inspiration pure n'est pas poïesis, autrement dit n'est pas poétique, ou encore n'est pas art – pour autant que l'art se définit par la production (poïein) d'un objet extérieur à l'agent (Aristote). En conséquence, définir l'essence du génie de l'artiste par le jeu conduit, et telle est également l'aporie propre aux romantiques allemands (selon Hegel), à faire de l'extase mystique le terme absolu de l'(im-)productivité artistique, extase en lequel l'individu artiste se réunit à la divinité du tout dont il procède (en tant qu'inspiré par le divin). Le jeu de l'inspiration pèche par manque de rationalité, c'est-à-dire par son incapacité à saisir sa structure dans la nécessité de sa totalité. Le jeu (compris comme itération de l'inspiration) échappe à l'épreuve de la négativité concrète du réel qui seule lui permettrait d'incarner ce qu'il produirait – le jeu reste abstraction sans efficience.

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