Sujet : L'art n'a-t-il pour fin que le plaisir ?
Extrait du corrigé : Pensons à Œdipe. Or la musique seule ne figure pas; elle ne représente rien; elle laisse tout loisir à l'auditeur d'imaginer librement selon ses états d'âme, tout comme la lecture d'un récit. En revanche, la tragédie impose un personnage, un masque comportant des traits définis. Elle force en quelque sorte l'identification du spectateur appelé à devenir momentanément un «acteur secret» dans la pièce. Mimésis d'action et de sentiments réels, la tragédie concentre la réalité dans le temps et dans l'espace, elle l'exagère et pousse les passions à leur paroxysme afin d'éclairer le public sur les conséquences éventuelles de ses actes: voyez ce qu'il adviendrait, si d'aventure l'envie vous prenait d'imiter réellement ces malheureuses victimes de la fatalité ! Le remède n'est-il pas pire que le mal ? Un spectacle apaisant ne serait-il pas plus propice à la sérénité, au retour à l'équilibre? Aristote ne se pose pas la question. Sa «cure médicale» (Bossuet) est homéopathique: on soigne le mal par le mal, les passions excessives par l'excès d'émotions. Cette interprétation n'est pas vraiment abusive. Le texte d'Aristote la suggère; elle fut notamment celle de tout le classicisme français, soucieux d'assigner au théâtre une fonction morale, voire moralisatrice.
Corrigé de 4217 mots (soit 6 pages) directement accessible






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