Sujet : À quelles conditions pouvons-nous avoir confiance en l'autorité d'autrui sans tomber dans le préjugé ?
Extrait du corrigé : Ce sont donc les limites de l'exercice de notre raison qui rendent possible le recours à la compétence d'autrui, non pas l'insuffisance de cet exercice.Dans cette mesure, la confiance en l'autre peut donc être qualifiée de raisonnable. Toutefois l'acte de confiance représente bien en lui-même une démission de la raison. En effet, il consiste en un acte de croyance : ce qu'autrui me dit, j'estime que c'est vrai parce que c'est lui qui me le dit. Même si ma raison m'y autorise en reconnaissant sa propre incapacité à me guider sur cette question, même si je m'efforce de ne pas me fier à n'importe qui en m'enquérant d'indices rassurants, le rapport de confiance qui s'instaure envers autrui comporte toujours quelque chose d'aveugle. N'ayant pas, par définition, la compétence de celui à qui je m'en remets, je ne suis pas non plus capable de discerner avec assurance les signes extérieurs de cette compétence. Même raisonnable et raisonnée, la confiance comporte donc toujours un noyau irrationnel : non pas arbitraire mais dicté par l'intuition, par le sentiment.Que nous puissions ainsi croire l'autre, même raisonnablement, est un fait riche d'enseignement. En effet, dans les domaines où nous n'avons pas les moyens de prononcer un jugement avisé, nous pourrions nous en remettre à l'avis d'autrui sans jamais lui faire vraiment confiance, en demeurant sceptique. Or, le plus souvent, nous croyons vraiment ceux à qui nous décidons raisonnablement de nous fier.
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