Sujet : Le bonheur est-il une affaire privée ?
Extrait du corrigé : Elle serait ainsi garantie par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En s'éloignant de toute vie sociale, l'épicurien peut atteindre son bonheur individuel par des voies d'une extrême simplicité : l'ascétisme est la clef de l'équilibre et de l'ataraxie, qui confirme l'absence de trouble, de toute préoccupation.Une telle attitude n'est toutefois possible qu'au prix d'une sorte d'inégalité : il y a d'un côté ceux qui acquièrent leur propre bonheur en méprisant ce pour quoi tous les autres s'agitent, et en face la majorité qui continue à quêter des satisfactions peut-être futiles, mais dont l'activité est nécessaire aux premiers ! Non universalisable, l'épicurisme est condamné par Kant comme fondé sur une subjectivité qui néglige par trop la présence des autres : il pose en fait le problème de la possibilité d'un bonheur conçu comme une affaire tellement privée qu'il devient synonyme d'un égoïsme qui nous paraît en fait peu supportable. [B. Une affaire « humaine » ?]La position d'Aristote semble d'abord plus « noble » : la vertu consistant pour un être à réaliser pleinement ce pour quoi il est le mieux apte, le bonheur de l'homme est à chercher dans l'activité rationnelle, dans la théorie, qui n'est toutefois possible que lorsque les satisfactions des besoins essentiels sont garanties (par chance, il y a des esclaves pour nourrir les « théoriciens » !). Cette fois encore le bonheur des uns s'accompagne de son absence pour les autres, mais on est au-delà de la subjectivité et de l'égoïsme strict : c'est en fonction de ce que demande la nature de l'homme en général que la vertu est définissable en même temps que le bonheur.Cette référence aux caractères généraux de l'humanité se retrouve chez les stoïciens, et plus nettement encore puisqu'ils sont les premiers à penser l'humanité comme une totalité. Mais le bonheur se définit chez eux en fonction de principes métaphysiques (la réalité d'un Bien universel, le logos ordonnant le monde) qui nous semblent amener l'homme, même heureux, à une trop grande passivité : acquiescer à tout ce qui survient est une noble attitude, mais nous avons du mal à admettre que le bonheur puisse être atteint par un repli total sur une liberté tout intérieure, qui signifie pratiquement l'ignorance du monde. [C.
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