Sujet : Des cultures différentes font-elles des humanités différentes ?
Extrait du corrigé : Les Grecs, qui se concevaient eux-mêmes comme hautement « civilisés », rejetaient tous les non-Grecs (ce qui signifiait d'abord tous ceux qui n'avaient pas le bonheur de pratiquer leur langue), dans la « barbarie » - qui ne valait guère mieux, comme l'indique son étymologie, que l'animalité. Ultérieurement, on remplaça peu à peu la « barbarie » par la « sauvagerie », mais le « sauvage », individu ainsi nommé par référence à la « forêt » où il était censé vivre, n'était toujours pas un homme authentique. Il lui manquait trop évidemment ce qui caractérisait le civilisé européen : le baptême ou la peau blanche (ce qui était bien complémentaire, puisqu'on put se demander si les êtres de peau noire avaient seulement une âme), l'organisation politique centralisée autour d'un pouvoir monarchique, la famille telle qu'on la concevait en Europe, le travail comme on l'y avait organisé socialement, etc.On qualifie d'ethnocentrique cette vision qui survalorise le milieu culturel auquel on appartient, mais c'est pour constater qu'en fait, elle est universelle. Lorsque les Espagnols rencontrent les Indiens d'Amérique du Sud, la reconnaissance de l'humanité de l'autre fait problème des deux côtés : si les Indiens sont visiblement des « sauvages » (bien qu'ils vivent assez peu dans les forêts et que l'Empire inca fût un modèle d'administration...) et des païens qu'il s'agit de christianiser d'urgence et de force, les Espagnols sont plutôt perçus comme des dieux étrangers, en raison de leurs chevaux ou de leur armement. L'ethnocentrisme a pu ainsi se manifester dans pratiquement tous les contacts entre cultures différentes, et bon nombre d'ethnies africaines doivent leur nom aux conquérants arabes, pour lesquels ils étaient d'abord des « païens ». Dans ces conditions, la « supériorité » matérielle, celle qui permet au conquérant de s'imposer par la force et les armes, paraît confirmer qu'il y a bien d'un côté des hommes et de l'autre une sous-humanité, ou une animalité, ou encore « de grands enfants », dans tous les cas des êtres sous-développés qu'il s'agit de transformer (par le travail obligatoire, la religion imposée et la modification des coutumes) pour les rapprocher de l'humanité véritable, dont le conquérant fournit le seul modèle concevable. Ethnocentrisme et hiérarchisation des cultures vont ainsi de pair. [II.
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