Sujet : Le désir peut-il être désintéressé ?
Extrait du corrigé : Bien au contraire, l'effort pour être et le désir qui le signifie ou l'exprime sont un mouvement vers l'accroissement de la puissance ; non pas certes de la domination, mais de la puissance d'exister, et du pouvoir d'affirmation. Spinoza renverse encore une fois l'ordre des termes : ce n'est pas pour connaître que l'homme désire (comme chez Platon) ; c'est pour déployer son désir (c'est-à-dire son existence affirmative) que l'homme s'efforce d'imaginer ou de connaître. S'il poursuit la perpétuation de son existence, c'est donc et comme corps et comme esprit. Le désir n'est pas pour Spinoza le domaine inférieur de la sensibilité, qui serait source du mal et de l'esclavage et qu'il conviendrait de réprimer par la raison et la morale. Cette perspective platonicienne et kantienne est aux antipodes du spinozisme. Ici, au contraire, le désir est le mouvement existentiel du corps et de l'esprit ; c'est un mouvement unique qu'on appellera modification du corps ou idée de l'esprit, suivant le point de vue et le registre adoptés. Les passions et les sentiments (termes non spinozistes), ou plutôt les affects (affectus) ne sont rien d'autre que la conscience des transformations du corps, l'idée des affections (affectiones) du corps. Ce mouvement unitaire du désir est originel et premier. Mais comme le pouvoir qu'il manifeste peut aller en s'accroissant ou en diminuant, l'homme peut vivre la joie ou au contraire la tristesse, bien qu'il poursuive essentiellement toujours la réalisation et la perpétuation de son désir, c'est-à-dire la joie. De ces deux « passions » fondamentales (trois, si, comme Spinoza le fait lui-même, on y ajoute le désir, qui est en réalité la source des deux autres) découleront tous les affects humains : amour, générosité, « force d'âme », courage, ou bien, au contraire, envie, haine, jalousie, ambition.
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