Sujet : Devant une oeuvre d'art, peut-on dire : « à chacun son goût? » ?
Extrait du corrigé : L'accepter, n'est-ce pas vouer l'art à l'insignifiance, en faire un amusement qui n'engage à rien ? L'analyse du sentiment esthétique et du jugement de goût par Kant nous montre les limites de ce relativisme. Tout d'abord, il existe bien un domaine où les goûts ne se discutent pas, c'est celui de l'agréable. Il ne convient pas de discuter une préférence personnelle, ni l'idée que chacun peut avoir de son propre intérêt. En revanche, le sentiment esthétique ne renvoie à aucun intérêt, il est affaire de contemplation. Cependant, la préférence subjective prend alors la forme d'un jugement : la chose est dite belle, comme s'il y avait un critère sûr de cette beauté, comme si l'on disposait d'un concept à quoi la rapporter ; en fait, le jugement esthétique appelle la reconnaissance d'autrui, alors même qu'il est l'expression d'un sentiment particulier; il requiert approbation comme s'il était rationnel. Sa prétention à l'universalité, en dépit de l'impossibilité de conclure une discussion, le distingue des préférences particulières et insignifiantes. En toute rigueur, on ne peut pas dire : à chacun son goût. B. Qu'en est-il cependant si, comme le fait Pierre Bourdieu, on remet en cause ce caractère désintéressé du jugement de goût, pour insister sur les déterminismes sociaux dont ils procèdent, sur les rapports de pouvoir que la fréquentation des oeuvres d'art permet à la fois d'affirmer et de dissimuler?
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