Sujet : Pourquoi désirer ce qui n'est pas nécessaire ?
Extrait du corrigé : Le « nécessaire » n'a pas de sens pour le désir]Et d'ailleurs, pour revenir encore sur ce problème, comment savoir ce qui est nécessaire et ce qui ne l'est pas, pour désirer seulement ce qui est nécessaire ? Le monde humain étant traversé par des actes de liberté, il est particulièrement exposé à la contingence, autrement dit à des situations imprévisibles, impossibles à anticiper, parce qu'elles résultent justement d'actes désirés par d'autres et qu'ils ont cru possibles de réaliser jusqu'au bout parce qu'ils désiraient que cela existe. Les révolutions reposent sur le désir de changer la société. L'art s'appuie sur la volonté d'aborder le monde et l'homme autrement qu'à travers les schémas ordinaires et les manières habituelles de voir et d'écouter. L'amour traverse le temps grâce à la ténacité des amants, qui vainc les aléas de la vie, l'usure du quotidien et le vieillissement du corps. Ainsi le désir n'est-il pas lié à un objet ou une personne déjà présent(e), donné(e), de toute nécessité comme dans les lois naturelles. Il est producteur de son objet. Deleuze écrivait, à propos des artistes et des révolutionnaires: « Ils savent que le désir étreint la vie avec une puissance productrice, et la reproduit d'une façon d'autant plus intense qu'il a peu de besoins. Et tant pis pour ceux qui croient que c'est facile à dire, ou que c'est une idée dans les livres » (L'Anti-OEdipe). Par là, il nous indique que ce sont nos besoins élémentaires qui peuvent être limités, à la fois parce qu'ils sont peu nombreux et secondaires par rapport à notre implication dans une existence vraiment humaine.
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